Jeudi 7 février 2008

winterland.jpg


Quand le groupe est arrivé au Winterland le 14, il a découvert que tous ceux qui attendaient dehors constituaient un condensé de tout ce qu’ils avaient rencontré aux États-Unis à ce jour – à une plus grande échelle. Pour la première fois, ils devaient jouer devant cinq mille personnes; et il était clair que les punks présents dans la salle étaient bien moins nombreux que les poseurs et les voyeurs. Et ils semblaient avoir pris des leçons de comportement punk dans le National Enquirer. Évidemment, la première partie locale a souffert.

Penelope Houston:
La scène était déjà trempée de crachats quand on est arrivés. Le public était peut-être constitué d’un tiers de fans de punk et le reste voulait juste voir ces phénomènes – les Sex Pistols... En fait, ils étaient assez hostiles.

Houston, la chanteuse des Avengers, a plus tard raconté à Gina Arnold que son principal souvenir du concert était «les hordes d’étrangers qui hurlaient, “Fuck you! Fuck you!” et crachaient, parce que c’est ce qu’ils pensaient que les punks faisaient». Les Pistols eux aussi se sentaient perdus. Jouer au handicapé sarcastique, comme aimait le faire Rotten, était bon pour les clubs. Comment cela pouvait-il passer dans cette arène? Qui étaient les chrétiens, et qui étaient les lions? Lydon a plus tard avoué à Savage, «On était complètement dépassés. On ne savait pas comment atteindre les gens au-delà des vingt premiers rangs.»
Heureusement, la saine décision prise par le sonorisateur de rendre inaudible le jeu erratique de Vicious et un mix explosif concocté pour la radio (KSAN était présent pour diffuser cet événement historique) ont donné aux Pistols mille ans d’avance sur tout ce que les stations de classic-rock de la Baie passaient ce soir-là. Et ils ont continué à faire des convertis jusqu’au bout.

John Ingham, qui avait écrit sur le groupe depuis ses tout débuts, était sur place pour assister au final et racontait toujours les choses telles qu’elles étaient:
Selon les critères des Pistols, le Winterland a été quelconque, certainement pas à la hauteur d’un éloge funèbre. L’ampli de Steve a déconné à quelques moments cruciaux et John s’est progressivement désintéressé de tout ça... Mais dans son contexte, c’était super. Dans cette foule de cinq mille personnes, il y avait à peine une poignée de punks, dix fois moins que de tee-shirts du Grateful Dead. C’était une foule de curieux, et c’était exaltant de les voir pratiquement tous crier et agiter les bras.– Sounds 28/1/78.

Mais Rotten, qui sentait que la fin était proche, était déterminé à prononcer l’épitaphe du groupe. Alors qu’il commençait à redevenir Lydon, à la fin d’un No Fun las en rappel, il a prononcé ces paroles immortelles, «Ha, ha, ha, vous avez déjà eu le sentiment d’avoir été roulés? Bonne nuit.» Il dirait plus tard à Savage, «Je pensais ce que j’ai dit, à la fin du concert du Winterland... Je savais que ça ne pouvait pas continuer.»

La diffusion à la radio, l’album pirate, le CD et enfin le DVD du Winterland ont figé ce moment et en ont fait la fin du punk pour tout documentariste pouvant tenir un caméscope, pour tout sociologue capable de cocher une case, pour toute grande gueule voyant l’Histoire comme une série de points finaux. Mais pour les marginaux présents ce soir-là, il y avait quelque chose d’un archétype du punk dans la performance de Rotten. C’était l’avis du guitariste des Avengers.

Danny Furious:

J’ai été fasciné par les Pistols. Leur son était épouvantable et Sid essayait d’être John. John avait abandonné et ne semblait plus en avoir rien à faire. Ils ont fini leur set et sont revenus pour un rappel... et puis John s’est montré sous son vrai visage. Je n’ai jamais été témoin d’une performance aussi vraie, aussi honnête et aussi remplie de désespoir que ce rappel... J’ai soudain tout compris! Ce qui rendait ce truc punk si différent, c’était John Rotten... là-haut, face au monde, à la tête de ce qui était à l’époque le prochain gros truc, tout tombait en morceaux autour de lui et en lui, et pourtant il a mis tout ce qu’il avait dans cette chanson stupide.

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 4.3 / p.372-373)


undefined
  
EMI (live)


En utile complément du DVD cité, voici une captation du concert de Dallas, quelques jours plus tôt... A voir pour le désespoir lisible dans les yeux de Johnny Rotten, qui n'y croit plus, tandis qu'à la basse Sid Vicious s'y voit plus que jamais...




Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Fast & Sensible (1/77 - 12/78)
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 6 février 2008

human-league.JPG


Pour l’heure, Last et son label Fast Product surfait sur la crête d’une toute nouvelle vague, n’utilisant que son instinct pour rester à la surface. À peine Gang of Four avait-il commis un single, qu’une «bande... est  arrivée un matin». Le cachet de la poste indiquait Sheffield. Elle contenait Being Boiled et Circus of Death, des chansons qui – Last l’ignorait – présentaient toutes les caractéristiques d’un imitateur anglais de Suicide.

Bob Last:

Dès l’heure du déjeuner, je me suis dit, «On devrait sortir ça. Téléphonons-leur et voyons s’il y a une bande de meilleure qualité.» Il n’y en avait pas – ils avaient envoyé le master. Il y avait d’autres choses plus ouvertement dans le style de Kraftwerk. Mais je n’avais aucune idée de ce que pouvaient être leurs références [à l’époque]. Pour moi, si on s’était réunis pour inventer le prochain groupe de Fast Product, on aurait probablement inventé Human League. Bien pratique, ils s’étaient inventés eux-mêmes...

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 4.3 / p.365-366)


undefined
 
Being Boiled  (clip)

Après un album essentiel (Travelogue), The Human League se sépare, les deux têtes pensantes partent fonder B.E.F., qui deviendra ensuite Heaven 17. Ils gardent l’inspiration, Phil Oackey gardant pour sa part la coiffure asymétrique ridicule et le nom, sous lequel, entouré de deux godiches, ils commettra les plus vulgaires des boursouflures synth-pop néo-disco des années 80. Genre « Don’t You Want Me », incontestable numéro 1 de la liste des tubes casse-burnes !




Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Fast & Sensible (1/77 - 12/78)
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 25 janvier 2008
 
thepopgroup.jpg

Mark Stewart:

Initialement, le Pop Group, c’était un peu du battage publicitaire – rien qu’une manœuvre pour sortir de Bristol – mais une fois qu’on a été dans cette position, on était complètement ouverts. Ils déliraient dans leurs saxophones – et je me contentais de dire n’importe quoi, tout ce que je trouvais intéressant.

Stewart avait plein de choses à dire. Dans une de ses premières interviews au NME, en février 1978, il déclarait, «On veut créer quelque chose qui puisse être à la fois bon et mauvais. On veut être les beatniks de demain.» Quand l’étonnamment accrocheur
She’s Beyond Good & Evil est entré dans leur répertoire, il est apparu traiter plutôt du «dérèglement des sens» que de quoi que ce soit d’ouvertement politique.

Mark Stewart:

Le simple fait que Nietzsche ait utilisé l’idée d’au-delà du bien et du mal ne veut pas dire que ça ne peut pas être utilisé dans un concept différent... Pour moi, She’s Beyond Good & Evil(Elle est au-delà du bien et du mal) vient plus d’une tradition mystique. Ma grand-mère était une voyante, mon père est un occultiste assez extrémiste... Mon vieux ne parle que de ces dimensions parallèles, où Patti Smith est allée, où Lautréamont est allé... Jusqu’aux années 20, il y avait toujours des mystiques en société, chaque cour avait ses mystiques... Et si tu essaies de jammer et d’atteindre un certain niveau de liberté – comme Albert Ayler –, tu arrives au point où les choses deviennent intéressantes. J’essaie de vivre près de ce point... Donc, ça ne parle pas particulièrement d’une femme. C’est plus, «Qui a le droit de juger? Qui a le droit de parler?»

L’ambition et les idées – à une rare exception près comme She’s Beyond Good & Evil– l’emportaient encore sur la musicalité dans ce que faisaient Stewart et son groupe. Stewart précisait dans une interview de 1979 que l’écart entre l’idée et son exécution n’était pas un problème, «Quand on a commencé, on démarrait en jammant. C’était une expression libre... Maintenant on veut juste être compris; libre ne veut pas nécessairement dire obscur.»
Ce qu’ils tentaient, dans l’esprit de Stewart, c’était de «traverser le nihilisme... pour en sortir avec quelque chose de positif». Et Stewart utilisait le genre de langage que les journalistes adoraient, expliquant ce qu’il cherchait à atteindre, où le punk devait aller selon lui; toutefois, pour l’instant, ses interviews en disaient plus long que la plupart des concerts du Pop Group.

Mark Stewart:

Une des choses principales qu’on veut faire sur la tournée, c’est briser la barrière entre l’artiste et le spectateur. On veut essayer de faire participer le public. Peut-être aimerait-on jouer sans scène afin que, plutôt que l’un vive un événement excitant et que l’autre soit un spectateur végétatif, on puisse avoir quelque chose de global. Sinon, c’est comme d’aller voir un film où des gens vivent des émotions à votre place. [Sounds 24/3/79]
 

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 4.3/ p. 350-351)


undefined
 
She's Beyond Good and Evil (clip)

The Pop Group aura une large descendance. Dans ce titre, on trouve les premiers accents "tribal white funk" qui deviendront quelques années plus tard la marque de fabrique du plus illustre rejeton de la famille : Rip Rig & Panic.






Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Fast & Sensible (1/77 - 12/78)
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Si vous avez raté le début...

Babylon's Burning!

couv-285.gif

Faites tourner...

Cliquez ici pour recommander ce blog

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
referencement professionnel sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus