Dimanche 17 février 2008

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Martin Bramah:

Vivant à côté de l’hôpital psychiatrique Prestwich, qui était une ville en lui-même et employait beaucoup de gens à Prestwich, on était très conscients de tout ça. En fait, beaucoup de malades mentaux se baladaient dans le village de Prestwich à l’heure du déjeuner, ça faisait simplement partie de la vie. Il y avait une femme qui insistait pour se tenir au milieu d’un passage piéton sur Market Street, se coiffant, montrant les avions du doigt et arrêtant la circulation. Ces gens étaient partout dans Prestwich, et donc ils ont trouvé leur chemin dans les chansons. Una travaillait comme infirmière à l’hôpital psychiatrique... Enfant, on vivait dans la peur d’y être emmené et de ne jamais en ressortir – ça arrive – parce que c’était l’endroit où vivaient des hommes effrayants.


De telles expériences ont peut-être mis The Fall à part parmi les groupes de Manchester, mais même ceux qui les avaient aidés en route et avaient des conceptions communes de la vie dans les rues du nord de Manchester, ont vite été rejetés par Smith. Dans le premier article de Sounds qui lui était consacré, il affirmait, «Il y a les groupes intellos, comme Devo et Magazine, et il y a les groupes de heavy metal... On veut rester en dehors de ce genre de classifications.» La paranoïa latente de Smith le poussait à imaginer que les membres des Buzzcocks – tous fans de The Fall – parlaient au groupe dans son dos, disant, «Vous êtes super, mais il faut vous débarrasser de ce chanteur.» Même Warsaw, qui partageait le même intérêt pour le bruit, les racines du Manchester Music Collective et l’équipe de foot de City, et gravissait les mêmes échelons, était traité avec un dédain mal déguisé.

Martin Bramah:

On détestait la plupart des autres groupes, parce qu’on pensait qu’ils n’étaient que de vulgaires punk-rockers. On pensait avoir laissé le punk derrière nous après seulement quelques mois. On ne pensait pas être punk, même six mois après avoir vu les Pistols, parce qu’il a tout de suite été clair que c’était devenu un mouvement de mode. Ce n’était qu’épingles à nourrice et pantalons bondage. On ne s’était jamais habillés comme ça. Les Sex Pistols ne s’habillaient pas comme ça quand on les a vus la première fois. C’était le chic Oxfam. On partageait les mêmes locaux de répétition sur Little Peter Street que des groupes comme Warsaw, mais on ne se parlait pas, même dans l’escalier. On se haïssait. On jouait dans les mêmes endroits et on ne pouvait pas se saquer. Je ne leur parle toujours pas. Ça vient de cette hostilité des jeunes garçons qui pensent être dans un gang, pas dans un groupe.

Ils gardaient aussi de la place dans leurs profonds abîmes de mépris pour la plupart des gens du sud, en particulier les victimes londoniennes de la mode punk. Interviewé par le NME neuf mois après leur premier concert londonien, Smith se souvenait encore comment «personne n’a réagi d’aucune façon. Tout le monde se tenait là, à poser... On n’avait pas d’argent pour boire un coup; et tous ces gamins des rues en costumes bondage sirotaient des vodkas orange». Hors de question pour The Fall d’envisager de quitter Manchester, à la recherche du gros contrat. Même quand l’un d’eux a croisé leur route, ils n’ont pas eu le moindre scrupule à le rejeter.


Dick Witts:

Je me souviens de ce concert qu’on a fait à Kirkby avec The Fall – c’était dans une salle de banquet – et il y avait ces deux mecs qui venaient de Londres. Ils sont venus backstage et nous ont dit, «Nous aimerions vous manager, mais il y a juste une ou deux choses que nous aimerions vous dire – avant tout, vos vêtements – c’est un peu n’importe quoi – et deuxièmement, il faudrait mettre la fille devant.» Bizarrement, Mark ne les a pas frappés, ou traités de pauvres types, mais on était tous pliés, essayant
désespérément de ne pas rire.

Évidemment, une telle intégrité les a laissés sur le carreau quand les maisons de disques ont manifesté leur intérêt, même quand les journaux musicaux ont commencé à parler d’eux, à la fin de 1977.


extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 4.2 / p.331-332)


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Reportage "So it Goes"

The Fall est le seul groupe né dans la période punk qui n'a jamais cessé d'être en activité (même si le "groupe" s'est vite trouvé être Marc E Smith en solo)... Discographie inégale, mais prolifique, concerts parfois géniaux, parfois tragiques. Un monument à découvrir ici filmé par la TV locale de Manchester à leur début.




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Mardi 5 février 2008

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Une fois le contrat signé, le premier problème à résoudre était de savoir quoi enregistrer pour ce premier single essentiel. Shot By Both Sides serait évidemment en face A. En face B, My Mind Ain’t So Open, tout aussi déterminant avec son break de sax hurlant (à la Funhouse) et sa guitare rugueuse, fournirait à tout punk qui n’aurait pas été convaincu par la face A une raison de retourner l’objet. Pour Devoto, le single n’était pas tant un nouveau commencement que le sommet d’une ascension moins que linéaire vers un mélange de commercial et d’impact culturel.

Howard Devoto:

J’avais ce genre de notion selon laquelle Magazine, pour moi, ne s’était réuni que pour enregistrer Shot By Both Sides. La nuit où j’ai enregistré le chant, je me souviens avoir pensé, «Il n’y a pas de moment plus intense que celui-là dans ma vie. J’ai attendu deux ans pour arriver à ça.» Ça en disait simplement beaucoup sur ce que je pensais de la vie, et sur les problèmes que je rencontrais.

Comme pour Richard Hell avant lui, il semblait presque que la sortie en janvier 1978 de ce single signalait qu’il était temps pour lui de prendre le bateau pour l’Afrique. Quand Top of the Pops a demandé à Devoto de mimer le single, il a refusé. Peut-être était-il trop occupé à emballer ses livres pour le long voyage dans l’obscurité. Finalement, il a accepté de chanter en direct la semaine suivante, pour ne fournir qu’une performance bizarrement cataleptique qui n’a fait qu’achever les espoirs du single d’atteindre une place élevée dans les charts. Comme il le confirme franchement, «On n’a pas très bien joué le jeu de Top of the Pops.»
Début février 1978, Devoto avait largement assez de chansons pour enregistrer un album. Mais des interviews données la semaine de la sortie de Shot By Both Sides montraient qu’il était toujours intrigué par la possibilité que quelque chose d’aussi ésotérique que Magazine puisse toucher le grand public.

Howard Devoto:

Je pense que l’argent peut rendre ça intéressant – céder aux exigences d’un marché est peut-être un peu plus intéressant que juste se tenir dans un coin à se parler à soi-même. C’est comme de décider quel genre de musique tu vas jouer: si tu vas jouer pour une vingtaine de personnes du coin, ou voir si tu peux atteindre le marché grand public et trouver une espèce de compromis. [1978]

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 4.2 / p.345-346)


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Shot by both side (TV)

Howard Devoto réussissait avec son premier single un coup de maître. « Shot by both side », 30 ans après est toujours aussi décapant, mais son titre dit bien la situation de Magazine à l’époque : trop « évolué » pour les punks rigoristes, trop extrême pour le « grand public ». Magazine dès sa création était un groupe « culte »… et le restera.




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Mercredi 9 janvier 2008

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Dès octobre 1977, Shelley se plaignait au NME des «gens à Londres qui ne peuvent pas apprécier quelque chose de nouveau et excitant, simplement parce que ça n’a pas été jugé branché.» Refusant d’abandonner son «pays», il a plus tard déclaré à une équipe de documentaire, «Être à Manchester nous a aidés à maintenir notre propre identité et aussi à la construire.» Le reste du groupe n’était pas aussi amoureux de la pâleur postindustrielle de Manchester. Diggle, dans son autobiographie: «Manchester était un bon endroit où vivre à l’époque si on voulait rester échoué. C’est probablement pour ça que j’ai suggéré qu’on déménage tous à Londres... mais les bottes de Shelley étaient fermement collées aux pavés.»
La décision de se retrancher «dans le nord» n’a certainement pas rendu service aux Buzzcocks au moment de trouver un contrat discographique. (…)
Ayant appris la réalité de la gestion d’un label, même petit, avec le succès de Spiral Scratch– qui finirait par dépasser les vingt mille exemplaires vendus –, le groupe est revenu de la tournée White Riot prêt à examiner les offres des maisons de disques. Très vite, l’évidence est apparue qu’il aurait à choisir entre Andrew Lauder chez United Artists et le cash offert par CBS. Comme le dit Diggle, «La situation des Clash nous a dégoûtés de CBS, parce qu’on savait  qu’on se heurterait aux mêmes conneries bureaucratiques qu’eux.»
Ce serait United Artists – faisant des Buzzcocks le troisième groupe à l’affiche du Screen on the Green à signer avec une major – malgré l’intervention tardive de la plus grosse gâchette de CBS.

Richard Boon:

On se sentait à l’aise avec Andrew Lauder. Le jour où on allait signer avec UA, Maurice Oberstein, le patron de CBS Angleterre, m’a téléphoné, et j’ai dû tenir le téléphone à un mètre de mon oreille. Il disait, «Qu’est-ce que vous faites? Qu’est-ce que vous voulez?» et moi je disais, «Votre directeur artistique n’a pas voulu de nous.» Il y avait un plan de sorties avec UA. Le premier single serait Orgasm Addict, qui était un peu la chanson punk. L’autre face serait un peu plus poppy. Le deuxième single serait What Do I Get, qui était plus pop, avec le punky Oh Shiten face B... Le contrat n’était pas particulièrement bon. On ne savait pas ce qu’on faisait.

La stratégie orientée single, prévoyant trois 45 tours puis un album, était astucieuse – comme l’étaient tous les singles qu’ils ont commencé à sortir, à partir d’octobre 1977 avec Orgasm Addict/Whatever Happened To?. What Do I Get?/Oh Shit, puis I Don’t Mind Autonomy, ont également précédé le premier album en février et mai 1978, mais sans troubler les charts, malgré leurs évidentes qualités pop et un dossier de presse rempli de critiques élogieuses.

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 4.2 / p. 322-323)

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WHAT DO I GET? (live at Electric Circus, 1977)

Buzzcocks, à lui seul, a inventé la mythique scène de Manchester. En organisant le premier concert des Sex Pistols à Manchester à l'été 1976. En ouvrant la voie à l'autoproduction avec le EP "Spiral Scratch". En prodigant mille conseils et coups de main aux groupes locaux alors débutants (The Fall, Joy Division, ...). En survivant au départ de Howard Devoto aussitôt le premier disque enregistré. Et en réussissant le mariage de la grâce pop et de l'urgence punk. Démonstration ci-dessous avec une version 'live' de
What Do I Get, enregistrée à l'Electric Circus de manchester en juillet 1977, et parfaitement irrésistible (même si le pont et le chorus final se barrent un peu en sucette...).





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par getfever publié dans : Manchester (1/77 - 6/78)
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