Vendredi 15 février 2008

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Siouxsie Sioux prenait son temps. Son petit ami/bassiste Steve Severin s’en souvient, «Il s’est passé six mois entre le festival du 100 Club et notre concert suivant... Pendant qu’on restait dans l’ombre, les autres membres de la bande disaient, “Vous allez laisser passer votre chance.” À Noël, tout le monde pensait, “C’est foutu.” Mais il n’y avait pas d’autre façon de faire. On ne pouvait pas s’améliorer en un jour et on n’avait ni matériel ni argent.» Ils ont pas mal tâtonné pour trouver leur son.

Steve Severin:

Après notre premier concert, Nils [Stevenson] a presque immédiatement... essayé de nous pousser à former un vrai groupe. Kenny [Morris] est venu nous voir juste après le set et nous a dit qu’il voulait jouer de la batterie. Il avait été un moment batteur de Flowers of Romance... mais je ne pense pas qu’ils aient fait plus d’une répétition. Pendant environ deux répétitions, on a eu Simone – la fille noire aux cheveux blonds qui était à l’interview de Grundy –, une violoniste classique. On devait jouer du Velvet. Mais les premières chansons qu’on a commencé à écrire ne ressemblaient absolument pas à du Velvet, et le violon semblait être une perte de temps. J’ai écrit tous les textes du début... Je pense que Peter Fenton était le petit ami d’une des amies de Simone, et c’était la seule personne qu’on connaissait qui savait jouer de la guitare.

Steve et Siouxsie avaient un plan, piocher dans les collections de disques de chacun pour en faire un tout cohérent. Severin raconte, «Le seul album qu’on avait en commun quand on s’est rencontrés, c’était Fear de John Cale. Elle m’a branché sur Brass Construction, et je lui passais mes albums de Can et de Captain Beefheart, et on aimait tous les deux Bowie, les premiers Roxy Music et Bolan.» Ils étaient convaincus que le punk était déjà en train de se vulgariser et, comme l’expliquerait Siouxsie l’année suivante, «Certains aspects manquaient dans ce qui se passait – il fallait un point de vue différent, mais avec le même impact.»

Severin admet, «En ce qui concerne l’attitude... la façon d’approcher le business, et la vie en général, tout vient de l’explosion des Pistols.» Mais la musique des Banshees, telle qu’elle était maintenant construite, «venait d’une époque avant les Pistols». Comme il l’a dit au biographe des Banshees, Mark Paytress, «Il  y avait une immense diversité de sons parmi les groupes du début. Aucun ne sonnait comme Subway Sect, ou les Buzzcocks, ou même les Clash à ce moment-là.» Les Banshees se voyaient comme une continuation de cet idéal.

Les Banshees sont sortis de leur cocon juste à temps. Après des concerts d’échauffement à Croydon et High Wycombe, ils sont apparus au Roxy avec un Lord’s Prayer raccourci, des reprises du 20thCentury Boy de Bolan et de la musique de série télé Captain Scarlet, ainsi que des chansons bien à eux, portant des titres comme Love In A Void, Bad Shape, Psychic et Scrapheap. Bien que Siouxsie ait encore besoin d’apprendre la différence entre hurler et chanter, leur premier passage au Roxy, en première partie des Heartbreakers le 2 mars, s’est attiré les louanges d’un Giovanni
Dadomo étonné, qui supposait qu’ils étaient le même groupe que celui du Punk Festival. Cette fois, il a découvert «un quartet extrêmement puissant», «des morceaux montrant une classe et une intelligence considérables» et «un vrai potentiel». Tout le monde ne partageait pas son enthousiasme.

Siouxsie Sioux:

Je ne me souviens pas de beaucoup des premières critiques, mais je me souviens d’une citation de Glen Matlock qui disait, «Je ne sais pas ce que c’est, mais ce n’est pas du rock & roll.» Il pensait que c’était une insulte, mais pour nous c’était le plus grand compliment que quiconque ait pu nous faire.


extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 3.1 / p.207-208)


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Love in a Void (TV live)

Siouxsie trainait dans les coulisses dès les prémisses de l'aventure punk. C'est elle qu'on voit derrière les Pistols lors de leur interview au Bill Grundy Show, et son look "seins nus et brassard svastika" fit les délices des photographes de la presse tabloid. Mais lorsqu'elle pris le devant de la scène, ce fut pour tracer une des trajectoires les plus originales de la new wave, devenant la Reine du Gothique.




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Dimanche 10 février 2008

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Le temps était maintenant venu pour Bernie Rhodes de montrer ses talents en économie, d’être plus keynésien que marxiste. Mais le contrat qu’il a fait signer aux Clash était le pire possible.
Il offrait à CBS une décennie d’options à sens unique tout en cédant tous les territoires à la multinationale pour une avance de cent mille livres qui ferait les gros titres des journaux, sans même s’assurer d’un tour support de la part du label. Strummer a admis que c’était «une erreur», mais pas avant 1979, époque à laquelle il a été obligé d’avouer, «Je n’ai pas lu le putain de truc, j’ai juste signé cette saloperie, comme un idiot, parce que je faisais confiance à mon manager, et qu’il m’a dit, “Signe-le.”»
Le contrat fatidique était rédigé de telle façon que les Clash n’avaient quasiment aucune chance de «rembourser» les avances empochées; tandis que CBS détenait les droits pour le monde entier, ce qui voulait dire que le label pouvait refuser de sortir les disques aux États-Unis (ce qu’il ferait avant la fin de l’année), tout en empêchant le groupe de trouver un autre distributeur. Bernie s’est avéré être un marchand des quatre-saisons plutôt qu’un homme d’affaires, rejetant un contrat avec Polydor qui offrait une avance plus faible, mais pour beaucoup moins d’albums, et contenait ce qui, rétrospectivement, aurait pu être une clause inestimable – stipulant que le coût de tous les enregistrements serait supporté par le label et non par le groupe. Strummer continuerait à prétendre qu’il y avait un plan derrière tout ça, mais Rhodes semblait simplement ne pas savoir que le diable se cache dans les détails, ou peut-être qu’il s’en fichait complètement.

Joe Strummer:

On était si totalement créatifs... les décisions de business apparaissaient complètement hors de propos... J’étais juste content qu’on soit capables de faire un disque. Signer avec CBS... était une tentative consciente de la part de McLaren et de Rhodes de sortir rapidement d’un truc confiné. Ils étaient allés à New York et ils haïssaient que le punk soit... sur Bowery, et c’est resté comme ça pendant cinq ans. Il n’en est jamais sorti. [1979]


extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 3.1 / p.193-194)


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London's burning (live)


Filmés à Munich (avec un étrange plan en plongée depuis un balcon) le premier hymne du groupe joué à fond les ballons...




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Mardi 29 janvier 2008

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Le tout premier jour de l’année 1977, Andy Czekowski, le comptable préféré du punk a dévoilé une ancienne boîte gay du West End convertie en palace punk. Bien que ce ne soit devenu le Roxy que quand les Clash ont ouvert 1977 avec grand fracas, c’est le chanteur de Chelsea, Gene October, qui avait les contacts de cet endroit où les businessmen bi devenaient violents. Il pensait que le club, qui s’appelait alors Chagaurama’s, serait «un super-endroit où jouer... j’avais besoin d’une base hebdomadaire pour Chelsea où les gens pourraient venir nous voir... j’y suis allé un soir et il n’y avait que deux clients. C’était minable, mais on pouvait faire rentrer trois cents personnes.» Quand il a annoncé la bonne nouvelle à Andy Czekowski, il en avait déjà reçu une mauvaise – Chelsea avait un nouveau chanteur, Billy Idol, et un nouveau
nom, Generation X; mais ils voulaient toujours utiliser l’idée d’October. Tony James s’est porté volontaire pour aller jeter un coup d’œil à l’endroit avec Czekowski. Dans ses mémoires inédits, il décrit l’expérience:

C’est un club mal famé dans Neal Street... Une discothèque gay pour Nègres et pseudo-gangsters – la vie nocturne avec gin et tonics – filles chaudes d’un soir – gorilles à nœuds papillons – on va se faire tuer... En bas, un petit bar. Lampes de couleur au plafond... Miroirs sur tous les murs – pour que ça ait l’air plus grand... Il y a peut-être vingt ou trente personnes éparpillées, qui regardent suspicieusement ces nouveaux
arrivants, c’est petit, mais largement assez grand, une scène là-bas sous les escaliers, un petit coup de peinture, des posters. Notre propre CBGB.


Depuis l’expulsion d’October, Tony James et Billy Idol étaient occupés à écrire des hymnes. Le soir de l’ouverture, le 16 décembre, ils avaient sous la main des chansons comme Ready Steady Go, Your Generation, Listenet Youth Youth Youth. Ils avaient aussi des interprétations punkifiées du Instant Karma de John Lennon et du Paranoid de Black Sabbath. Avec Idol au chant, ils avaient maintenant besoin d’un autre guitariste. Ils allaient le trouver dans un club de jeunes de Fulham.

Tony James:

Billy a fait, «J’ai déjà vu ce gamin jouer de la guitare – il a les cheveux longs mais on va arranger ça.» Il avait dans les dix-sept ans. C’était Derwood. On lui a coupé les cheveux la nuit précédant notre premier concert en tant que Gen X. À ce stade, on avait des t-shirts pop art. Je les avais faits avec des bombes de peinture. Le premier représentait la cible des Who, pour le batteur. On ne pouvait pas acheter un tee-shirt Iggy Pop – alors
j’ai recopié une photo de la pochette de l’album Raw Power sur un tee-shirt – mais on ne pouvait pas les laver.

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 3.1/ p. 196-197)


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New Order (live au Marquee, 1977)

Pour toujours en troisième division, les pauvres... Si certains de ses membres peuvent revndiquer une présence active dès l'apparition de la scène, voire même avant (avec Mick Jones, futur Clash, au sein des mythiques London SS), ils ont consciencieusement loupé tous les trains. Billy Idol finira rebelle de pacotille clippé sur MTV... Et "Generation X" passera à la postérité comme... un des meilleurs romans de Douglas Coupeland, pas comme une référence punk.




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Samedi 26 janvier 2008

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De soi-disant groupes punk apparaissaient soudain comme des rats d’égouts sortis des squats et des garages de tous les terrains vagues urbains. Czekowski rapporte, «On recevait des coups de téléphone de partout en Angleterre, “On veut jouer au Roxy – on est un groupe punk.”» Si chaque garage semblait maintenant abriter un groupe, le Roxy était une oasis rare et nécessaire dans le désert des clubs londoniens. Colin Newman, de Wire, n’exagère pas quand il dit «Avant la new wave, il était impossible pour un groupe inconnu de donner des concerts.»

Nils Stevenson:

L’élan aurait pu retomber si le Roxy ne l’avait pas entretenu, en permettant à de nouveaux groupes de se développer en de purs groupes punk plutôt que d’apparaître en première partie de groupes de pub-rock ringards.
Quelques-uns des premiers groupes à exprimer l’envie de jouer au Roxy étaient justement ces «groupes de pub-rock ringards». La troisième semaine de janvier, le club programmait les Stranglers, parce que, selon Czekowski, «ils voulaient absolument jouer au Roxy.

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 3.1/ p. 199-200)


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No More Heroes & Something better change (live at the Hope 'n Anchor Nov. '77)

"Trop vieux", "trop mélodiques", "il y a des solos de claviers" , "trop d'accords"... Les excommunicateurs, zélateurs et idolâtres d'un punk chimiquement pur, ne manquaient effectivement pas d'arguments pour envoyer les Stranglers au pilori.
Ces guerres de religions éteintes, on peut sans crainte les réhabiliter. "No More Heroes" captait parfaitement l'esprit de 77. Et on n'avait pas entendu un orgue Hammond aussi déjanté depuis Ray Manzarek des Doors.
Et pour la caution "jeune", voir avec le bassiste-karateka à moitié frenchy Jean-Jacques Burnel, qu'on retrouvera plus tard derrière les manettes, sur le versant "continental" de la new wave : Taxi Girl, Polyphonic Size... Mais ceci est une autre histoire...






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Vendredi 18 janvier 2008
 
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Colin Newman:

Graham m’a passé le texte de Lowdown et je suis parti écrire la musique. Pendant tout le mois suivant, je me suis assis dans ma chambre et j’ai déconstruit la musique rock... L’idée, c’était... de ne pas faire du punk... mais quelque chose de plus réduit. Wire n’a pas été conçu en toute innocence, mais il me semblait que faire un autre groupe punk n’était pas une bonne idée. Faire quelque chose d’autre, plus comme ce que faisaient les Ramones, mais sans être surf, quelque chose de plus sérieux et de plus enraciné dans la tradition britannique... «[anti]rock». J’aimais la façon dont les Ramones abordaient cette culture du «tu dois payer ton dû»... La première conversation que j’aie eue avec Graham... on a parlé de tout, de Free à Spirit en passant par The Move. Beaucoup de tout ça était conceptuel... C’était, «ça, on s’en fout» et comment arrive-t-on à l’étape suivante? On enlève encore plus d’éléments.

Au cours de leur passage de vingt-cinq minutes au Roxy Club, le 2 avril 19977, ils ont joué dix-sept chansons (neuf d’entre elles formeraient plus tard le cœur de Pink Flag, un album que Newman décrit comme «une série d’esquisses, déconstruisant d’autres chansons»). Ça a commencé avec Lewis au micro, disant, «Faites attention. Ceci est commercial», ce qui s’est avéré être le titre d’un instrumental de trente secondes. L’expérience entière a rendu perplexes les amateurs de pogo qui avaient payé leur place et annonçait un niveau d’incompréhension qui poursuivrait toujours Wire.
Comme s’en rappellerait plus tard Lewis, «Ce que nous avons essayé de faire ce soir-là semblait encore plus contrariant, parce qu’on ne pouvait même pas pogoter dessus pendant très longtemps – les morceaux étaient tellement courts.»
Newman note aujourd’hui, «C’était évident qu’on n’était pas un groupe punk, mais il n’y avait pas de nom pour ce qu’on faisait.»

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 3.1 / p. 221-222)

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HEARTBEAT  (Live TV)

Sans aucun hit à leur actif, et toujours soucieux de "voler sous les radars", Wire a laissé peu de traces filmées. On a quand même trouvé, pour célébrer le groupe le plus furieusement radical de ces années punk, un passage sur la TV allemande, en 1979, qui ne rend pas tout à fait compte de la fureur dont ils étaient capables... mais qui est quand même une putain de chanson, directement accessible (ce n'est pas toujours le cas) et pourtant tout à fait barrée. Leur marque de fabrique... A retrouver / à découvrir sur leurs albums.




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Babylon's Burning!

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