Mercredi 23 janvier 2008
 
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Alan Vega:

Notre premier gig a eu lieu à la fin 1970, au cours d’un truc appelé le Punk Best, avant que le mot punk ait jamais été utilisé... dans un loft sur Broadway, et il y a eu une émeute. À ce concert, Marty Rev... jouait de la batterie. J’avais une trompette et une guitare, on avait un guitariste, et on faisait juste du bruit, on n’avait pas de chansons.

Cinq mois plus tard, ils appelaient carrément «mascarade punk-rock» une de leurs performances artistiques, avant Marsh, avant Nuggets. Pour Rev et Vega, pourtant punk-rock était synonyme d’antirock, pas de rock bruyant. Il s’agissait d’une déconstruction délibérée de la musique de leur jeunesse. Comme le dit Vega, «après un moment, le truc sixties était tellement ridicule et ennuyeux... que Marty et moi avons décidé que la première chose à éliminer était la batterie, puis la guitare solo. Marre de ces solos de guitare et de batterie!». Il ne restait – du moins initialement – que ce que suggérait le nom Suicide, du bruit sans chansons.

Martin Rev:

Dans les premiers temps, il n’y avait pas de coupures entre nos morceaux, on les enchaînait les uns aux autres. Il y avait un mur de son, le riff était là, mais il y avait tellement de larsen qu’on était les seuls à pouvoir l’entendre.

La différence essentielle entre ce premier Suicide et les Stooges dernière époque était qu’Alan et Martin jouaient leurs caco-symphonies dans des lieux dédiés à l’art – lofts ou autres – qui parsemaient le bas de New York. Comme le soulignait Alan Vega à un journaliste anglais en 1978, «Quand nous avons commencé... il n’y avait rien. Pas de Ramones ni de Sex Pistols. Il n’existait aucun style de son un peu théâtral. Nous sommes arrivés de nulle part et les gens étaient perdus, mec.» Suicide était tellement underground à ce moment-là qu’il n’est pas surprenant que ses idées antirock aient d’abord été adoptées à l’autre bout du monde.

Suicide trouvait également qu’il manquait à ses premières performances l’attente d’un spectacle rock. Tant qu’ils joueraient dans les lieux artistiques de New York, leur public resterait parfaitement blasé. C’est ainsi qu’a débuté une série d’apparitions mémorables au Mercers Arts Center, terminée par un bal pour le Jour de l’an 1972, de l’autre côté de la salle où jouaient les New York Dolls et les Modern Lovers, où ils ont testé un nouveau style d’affrontement constant avec le public. C’était, après tout, la raison d’être de Suicide. Comme s’en souvient Chris Stein, «Alan provoquait les gens. Suicide possédait l’un des premiers composants de la sensibilité punk: l’hostilité envers le public.»

 

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 1.1/ p. 17-18)


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Dream baby dream (live)

Capable de produire un véritable mur sonore, Suicide savait aussi calmer le jeu, en restant pourtant sur une planète inconnue. Démonstration ci-dessous lors d'une performance non datée, sans doute vers 75. Devant l'étrangeté de la chose, on comprend mieux l'accueil glacial -voire franchement hostile- que leur réservèrent les fans de Clash, avec qui ils tournèrent en Angleterre en 77.






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Samedi 12 janvier 2008

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Le prototype de Blondie, encore sous le nom de Stilettoes, a fait sa première apparition au CBGB à peine un mois après les débuts de Television. Il suffisait d’être recommandé par quelqu’un.

Chris Stein:

En ce qui concerne les Stilettoes et Television, Hell sortait avec Elda – une des Stilettoes – et elle nous a dit, «Oh, j’ai entendu cette bande de gars, ils s’habillent comme des vieillards, ils sont très drôles, et ils jouent downtown, dans ce bar bizarre.» Nous leur avons demandé où ils jouaient, et ils ont dit au CBGB.

La première affiche Television/Stilettoes au CBGB a squatté une série de dimanches de mai 1974 (vanté par de nouveaux tracts reprenant des commentaires positifs de gens comme David Bowie, Patti Smith et Danny Fields). Pourtant, les Stilettoes étaient une survivance de l’époque du Mercers, trois filles sur le devant de la scène avec un groupe garage dépenaillé derrière elles, mélangeant reprises de classiques rock et pastiches.
Stein et Debbie Harry, sa petite amie, ont pourtant rapidement compris dans quel sens soufflait le vent. Un ou deux mois plus tard, ils s’étaient débarrassés des éléments évoquant des Supremes trash, soit Elda Gentile et son amie noire Amanda. Bien qu’ils aient engagé deux autres filles remarquables aux yeux de velours, Tish et Snooky (qui formeraient plus tard les Sic Fucks), celles-ci n’étaient que des choristes. Chris et Debbie se sont alors renommés Angel & the Snakes (pour un unique concert), puis Blondie, mettant Debbie au centre de la scène une bonne fois pour toutes.
Ils ont fait leurs débuts sous cette nouvelle forme dans le bar de Bowery, désormais en pleine effervescence, en août 1974.  À cette époque, Blondie avait en commun avec Television une incompétence intrinsèque et une reprise étonnamment orthodoxe de Venus De Milo. Alan Betrock, collectionneur de l’éphémère rock et sorte d’éditeur qui allait enregistrer les premières maquettes du groupe, se souvenait qu’ils «ne pouvaient simplement pas jouer live. Ils s’arrêtaient au milieu d’une chanson et recommençaient, les amplis tombaient en panne, la guitare tombait en panne, ils cassaient des cordes et n’en avaient pas de rechange». Tish et Snooky préfèrent aborder la question avec plus de délicatesse, suggérant que le Blondie des débuts «avait un son complètement différent [de celui qu’il aurait par la suite]. Il n’y avait rien de sauvage, mais c’était brut. Ce n’était pas rapide et bruyant comme les Ramones. C’était assez amusant de voir comment nous trouvions notre place à l’époque, sans la trouver».

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 1.1 / p. 23-24)

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A GIRL SHOULD KNOW BETTER (live at CBGB)

Et encore une rareté dans l'album vidéo : Blondie au CBGB en 1975. Bien plus excitant que la débacle simili-disco dans laquelle le groupe finira par s'engloutir (et par pure charité, on ne dira rien de la carrière solo de Debbie Harry...)





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Mardi 8 janvier 2008

PATT-SMITH-STRANGLERS-HAMMERSMITH-1976.png

(Durant l’hiver 75)
la performance de Patti Smith était à peine moins branlante, et pas tellement plus structurée (que celle de Television). Ses shows avaient graduellement évolué en une année, après avoir commencé comme des lectures de poésie accompagnées. En 1973, elle avait amené le guitariste Lenny Kaye pour la seconde moitié de son spectacle et, selon Chris Stein, «s’était contentée de se moquer plus ou moins de lui... Il jouait quelques accords, couvrait sa voix, et elle l’injuriait. C’était presque un sketch comique. Elle se moquait simplement de tout le syndrome rock & roll».
Mais le duo avait une stratégie, et quand il est devenu trio avec Richard Sohl, pianiste formé au classique, le sketch comique est passé par la fenêtre, et les déclamations décousues ont commencé à ressembler à des chansons.

Lenny Kaye:

Je me souviens qu’un jour Artie ou Happy [Traum] semblait très en colère contre nous, disant, «Qu’est-ce que tu connais d’autre que tes trois accords?» On faisait juste notre truc et je ne suis pas sûr que les gens comprenaient, mais on s’amusait bien en le faisant... On partait simplement sur des mouvements rythmiques – on les appelait des champs – dans lesquels on se déplaçait. Et c’est tout ce qu’étaient beaucoup de nos premières chansons. Free Money, c’était juste trois accords répétés à l’infini; et à force de les jouer pendant six mois, tu commences à faire des changements au même moment de la chanson. Land of a Thousand Dances, Gloria n’étaient certainement pas des chansons, mais à force de les jouer, on tombait sur des choses qui... étaient ensuite incorporées dans la chanson elle-même.


extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 1.1 / p. 29)

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FREE MONEY (live Stockholm 1976)

Quand le Patti Smith Group arrive, c'est pour beaucoup une vraie révélation. Le rock cesse d'être un espace strictement macho, la porte s'ouvre aux filles. Les Slits ou encore les Raincoats ne manqueront pas de s'engouffrer dans la brêche ainsi ouverte.
Les féministes devraient édifier une statue à Patti Smith!
A revoir ci-dessous, en 1976, filmée par la TV suédoise.
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Vendredi 4 janvier 2008

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Richard Meyers et Tom Miller s’étaient déjà réinventés, pour une publication de leurs écrits, sous le nom de Theresa Stern, un alter ego féminin. Ils étaient devenus Richard Hell et Tom Verlaine. Le groupe qu’ils se préparaient à faire sortir de dix-huit mois d’isolement se nommait Television.
Hell et Verlaine avaient toujours été sûrs d’eux. Avant même d’arriver à New York, ils avaient fugué ensemble d’une maison de redressement dans le Kentucky en 1969. Rattrapés et renvoyés chez eux, ils avaient réussi à rejoindre New York séparément, avec toujours l’idée de devenir poètes. Mais Verlaine a trouvé que la scène artistique new-yorkaise était encombrée de «soi-disant peintres et de soi-disant poètes, tous tellement prétentieux... Tous leurs écrits étaient du genre, Je me suis levé et j’ai pris une tasse de café, c’était une attitude... qui devenait très vite ennuyeuse». Hell voulait juste changer les choses.

Richard Hell:
J’avais vingt ans à l’époque et ça me semblait très futile. Je voulais secouer le monde. Je voulais faire du bruit, mais personne ne lisait. Je pouvais m’identifier à ça. Je voulais être fidèle à mes héros, mais je comprenais que lire pouvait être très chiant si on n’était pas conditionné à aimer ça... et j’ai senti que c’était une impasse. Vers 1972-1973, Tom et moi avons décidé de former un groupe. J’étais inspiré par l’attitude des New York Dolls et des Stooges. On était tous les deux de grands fans du Velvet Underground... L’idée essentielle était «Je m’en fous». C’est une des premières chansons qu’on ait écrites, I Don’t Care, et c’était la racine de l’idée de la blank generation. [1988]

La révélation de Verlaine n’est pas venue en écoutant les Dolls ou les Stooges, mais des sources de leur inspiration, «Un gamin Hare Krishna est venu vers moi dans la rue et... il avait cette petite boîte de 45 tours, et il m’a dit: Tu veux les acheter?... Il y avait All of the Day and All of the Night, For Your Love, cinq Beatles et plein d’autres singles... L’énergie de ces disques était fantastique. Que des chansons basées sur la guitare rythmique... Très forte devant... J’ai pensé : C’est de là que vient l’excitation.»

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 1.1 / p. 18-19)

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FOXHOLE (TV live)

Quand ils sont filmés ici en 1978, interprétant "live" cette version de Foxhole, Richard Hell a déjà quitté le groupe, et le leader restant, Tom Verlaine, l'a emmené vers de rivages moins abrupts que ceux des débuts. Mais même à cette époque "tardive", Television reste un groupe renversant.




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Jeudi 3 janvier 2008

Ramones-album-cover.jpg

En 1973, Dee Dee avait auditionné pour Television comme bassiste et fait montre d’une telle ignorance des principes de base qu’il en avait fait apparaître Hell comme un bon musicien. Dans les Ramones, il n’ était plus seul. Comme il l’a dit un jour, «On a commencé par essayer d’apprendre des chansons à partir des disques, et on n’y arrivait pas.» La simplicité radicale des Ramones provenait d’une incompétence sous-jacente.
Tommy Ramone:
Dès le début, il n’y avait aucun solo et le son était unique, simplement parce que ses racines ne venaient pas de la scène musicale d’alors... C’était absurde. C’était aussi original. Spécialement à cette époque. C’était si brut. Television... était aussi en rupture avec le look rock & roll... mais musicalement, ils étaient totalement différents.
Au début, la plupart des spectateurs étaient perplexes face à la dynamique étrange d’un groupe où chacun jouait sa propre partie rythmique, où les ponts étaient pour les fillettes et les solos de guitare totalement inadmissibles. Mais certains comprenaient immédiatement. Richard Hell pense qu’ils étaient «une combinaison géniale de réduction du rock & roll à son essence – de façon cartoon, ce qui était calculé pour réussir, comme Andy Warhol ou autre – et en même temps de pure émotion et d’histoires réelles de la rue». Ils jouaient aussi très vite. Trente ans de groupes pour qui le rock est une sorte de course relativisent cela, mais à l’époque les Ramones sonnaient comme s’ils jouaient à cent à l’heure et leurs concerts étaient des marathons de vingt-six minutes. L’heureux accident devenait un grand dessein.
Tommy Ramone:
La vitesse d’exécution des chansons venait de Johnny. Leur brièveté– on voulait des chansons courtes pour ramener le feeling original du rock & roll, qui avait disparu dans les années 70... On voulait ramener ce «whomp bop-a-lua»... Et bien sûr, des chansons courtes jouées vite deviennent très courtes.
Plus tard, en tant que manieur de concepts et porte-parole du groupe, Tommy a été obligé de minimiser la nature fortuite de cette collision de styles. Comme il l’a dit au NME, «Les gens pensaient que tout était accidentel. Genre, ces quatre crétins sont trop mignons et ils font un truc chouette, mais il est évident que tout ça est un accident. Premièrement, ce n’étaient pas quatre crétins; deuxièmement, rien de tout ça n’était un hasard; et troisièmement, il s’agissait de quatre personnes talentueuses qui savaient ce qu’elles aimaient et ce qu’elles faisaient.»

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 1.1 / p. 26-27)

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JUDY'S A PUNK (live at CBGB)

Dans l'album vidéo aujourd'hui, un document assez rare: Les Ramones, capturés en noir & blanc dans leur sauvagerie initiale
lors d'un de leurs premiers concerts au CBGB, en 1974.  Le look n'est pas encore fixé sur le cuir noir, Joe cherche encore ses poses, le son est encore approximatif... mais c'est déjà les Ramones : 1'30" pour expédier (exécuter?) l'ensemble.





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