Martin Bramah:
Vivant à côté de l’hôpital psychiatrique Prestwich, qui était une ville en lui-même et employait beaucoup de gens à Prestwich, on était très conscients de tout ça. En fait, beaucoup de malades
mentaux se baladaient dans le village de Prestwich à l’heure du déjeuner, ça faisait simplement partie de la vie. Il y avait une femme qui insistait pour se tenir au milieu d’un passage piéton
sur Market Street, se coiffant, montrant les avions du doigt et arrêtant la circulation. Ces gens étaient partout dans Prestwich, et donc ils ont trouvé leur chemin dans les chansons. Una
travaillait comme infirmière à l’hôpital psychiatrique... Enfant, on vivait dans la peur d’y être emmené et de ne jamais en ressortir – ça arrive – parce que c’était l’endroit où vivaient des
hommes effrayants.
De telles expériences ont peut-être mis The Fall à part parmi les groupes de Manchester, mais même ceux qui les avaient aidés en route et avaient des conceptions communes de la vie dans les rues
du nord de Manchester, ont vite été rejetés par Smith. Dans le premier article de Sounds qui lui était consacré, il affirmait, «Il y a les groupes intellos, comme Devo et Magazine, et il y a les
groupes de heavy metal... On veut rester en dehors de ce genre de classifications.» La paranoïa latente de Smith le poussait à imaginer que les membres des Buzzcocks – tous fans de The Fall –
parlaient au groupe dans son dos, disant, «Vous êtes super, mais il faut vous débarrasser de ce chanteur.» Même Warsaw, qui partageait le même intérêt pour le bruit, les racines du Manchester
Music Collective et l’équipe de foot de City, et gravissait les mêmes échelons, était traité avec un dédain mal déguisé.
Martin Bramah:
On détestait la plupart des autres groupes, parce qu’on pensait qu’ils n’étaient que de vulgaires punk-rockers. On pensait avoir laissé le punk derrière nous après seulement quelques mois. On
ne pensait pas être punk, même six mois après avoir vu les Pistols, parce qu’il a tout de suite été clair que c’était devenu un mouvement de mode. Ce n’était qu’épingles à nourrice et pantalons
bondage. On ne s’était jamais habillés comme ça. Les Sex Pistols ne s’habillaient pas comme ça quand on les a vus la première fois. C’était le chic Oxfam. On partageait les mêmes locaux de
répétition sur Little Peter Street que des groupes comme Warsaw, mais on ne se parlait pas, même dans l’escalier. On se haïssait. On jouait dans les mêmes endroits et on ne pouvait pas se
saquer. Je ne leur parle toujours pas. Ça vient de cette hostilité des jeunes garçons qui pensent être dans un gang, pas dans un groupe.
Ils gardaient aussi de la place dans leurs profonds abîmes de mépris pour la plupart des gens du sud, en particulier les victimes londoniennes de la mode punk. Interviewé par le NME neuf mois
après leur premier concert londonien, Smith se souvenait encore comment «personne n’a réagi d’aucune façon. Tout le monde se tenait là, à poser... On n’avait pas d’argent pour boire un coup; et
tous ces gamins des rues en costumes bondage sirotaient des vodkas orange». Hors de question pour The Fall d’envisager de quitter Manchester, à la recherche du gros contrat. Même quand l’un d’eux
a croisé leur route, ils n’ont pas eu le moindre scrupule à le rejeter.
Dick Witts:
Je me souviens de ce concert qu’on a fait à Kirkby avec The Fall – c’était dans une salle de banquet – et il y avait ces deux mecs qui venaient de Londres. Ils sont venus backstage et nous ont
dit, «Nous aimerions vous manager, mais il y a juste une ou deux choses que nous aimerions vous dire – avant tout, vos vêtements – c’est un peu n’importe quoi – et deuxièmement, il faudrait
mettre la fille devant.» Bizarrement, Mark ne les a pas frappés, ou traités de pauvres types, mais on était tous pliés, essayant
désespérément de ne pas rire.
Évidemment, une telle intégrité les a laissés sur le carreau quand les maisons de disques ont manifesté leur intérêt, même quand les journaux musicaux ont commencé à parler d’eux, à la fin de
1977.
extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 4.2 / p.331-332)
Reportage "So it Goes"
The Fall est le seul groupe né dans la période punk qui n'a jamais cessé d'être en activité (même si le "groupe" s'est vite trouvé être Marc E Smith en solo)... Discographie inégale, mais
prolifique, concerts parfois géniaux, parfois tragiques. Un monument à découvrir ici filmé par la TV locale de Manchester à leur début.
Ne manquez pas la
présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert"
(possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)
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