Siouxsie Sioux prenait son temps. Son petit ami/bassiste Steve Severin s’en souvient, «Il s’est passé six mois entre le festival du 100 Club et notre concert suivant... Pendant qu’on restait dans
l’ombre, les autres membres de la bande disaient, “Vous allez laisser passer votre chance.” À Noël, tout le monde pensait, “C’est foutu.” Mais il n’y avait pas d’autre façon de faire. On ne
pouvait pas s’améliorer en un jour et on n’avait ni matériel ni argent.» Ils ont pas mal tâtonné pour trouver leur son.
Steve Severin:
Après notre premier concert, Nils [Stevenson] a presque immédiatement... essayé de nous pousser à former un vrai groupe. Kenny [Morris] est venu nous voir juste après le set et nous a dit qu’il
voulait jouer de la batterie. Il avait été un moment batteur de Flowers of Romance... mais je ne pense pas qu’ils aient fait plus d’une répétition. Pendant environ deux répétitions, on a eu
Simone – la fille noire aux cheveux blonds qui était à l’interview de Grundy –, une violoniste classique. On devait jouer du Velvet. Mais les premières chansons qu’on a commencé à écrire ne
ressemblaient absolument pas à du Velvet, et le violon semblait être une perte de temps. J’ai écrit tous les textes du début... Je pense que Peter Fenton était le petit ami d’une des amies de
Simone, et c’était la seule personne qu’on connaissait qui savait jouer de la guitare.
Steve et Siouxsie avaient un plan, piocher dans les collections de disques de chacun pour en faire un tout cohérent. Severin raconte, «Le seul album qu’on avait en commun quand on s’est
rencontrés, c’était
Fear de John Cale. Elle m’a branché sur Brass Construction, et je lui passais mes albums de Can et de Captain Beefheart, et on aimait tous les deux Bowie, les
premiers Roxy Music et Bolan.» Ils étaient convaincus que le punk était déjà en train de se vulgariser et, comme l’expliquerait Siouxsie l’année suivante, «Certains aspects manquaient dans ce qui
se passait – il fallait un point de vue différent, mais avec le même impact.»
Severin admet, «En ce qui concerne l’attitude... la façon d’approcher le business, et la vie en général, tout vient de l’explosion des Pistols.» Mais la musique des Banshees, telle qu’elle était
maintenant construite, «venait d’une époque avant les Pistols». Comme il l’a dit au biographe des Banshees, Mark Paytress, «Il y avait une immense diversité de sons parmi les groupes du
début. Aucun ne sonnait comme Subway Sect, ou les Buzzcocks, ou même les Clash à ce moment-là.» Les Banshees se voyaient comme une continuation de cet idéal.
Les Banshees sont sortis de leur cocon juste à temps. Après des concerts d’échauffement à Croydon et High Wycombe, ils sont apparus au Roxy avec un
Lord’s Prayer raccourci, des reprises
du
20thCentury Boy de Bolan et de la musique de série télé Captain Scarlet, ainsi que des chansons bien à eux, portant des titres comme
Love In A Void, Bad Shape, Psychic et
Scrapheap. Bien que Siouxsie ait encore besoin d’apprendre la différence entre hurler et chanter, leur premier passage au Roxy, en première partie des Heartbreakers le 2 mars, s’est
attiré les louanges d’un Giovanni
Dadomo étonné, qui supposait qu’ils étaient le même groupe que celui du Punk Festival. Cette fois, il a découvert «un quartet extrêmement puissant», «des morceaux montrant une classe et une
intelligence considérables» et «un vrai potentiel». Tout le monde ne partageait pas son enthousiasme.
Siouxsie Sioux:
Je ne me souviens pas de beaucoup des premières critiques, mais je me souviens d’une citation de Glen Matlock qui disait, «Je ne sais pas ce que c’est, mais ce n’est pas du rock & roll.» Il
pensait que c’était une insulte, mais pour nous c’était le plus grand compliment que quiconque ait pu nous faire.