Jeudi 31 janvier 2008

devo-domestickers.jpg
Alors que Devo commençait à émerger du performance-art, le groupe a entrepris d’enregistrer des démos de Be Stiff et Subhuman Woman dans son sous-sol, ainsi que des leitmotive tout aussi aventureux, Auto-Modown, Mongoloid, Jocko Homo, Bamboo Bimbo, Baby Talkin’Bitches et Clockout. À peu près au même moment où, à New York, Suicide se débattait avec la même décision, Devo entamait une transition consciente qui lui permettrait d’être plus à l’aise dans un concert de rock que dans une galerie d’art. Casale l’a observé plus tard, «Si la musique reste dans les galeries, ça devient vite masturbatoire et complaisant. Au lieu de quoi, on a décidé d’apporter la musique et le message au plus large public... Tout a été modifié pour rendre les chansons plus accessibles.» Le processus a été laborieux, prenant dix-huit mois ou plus, pendant lesquels ils ont accumulé suffisamment de morceaux pour trois ou quatre albums, tout en conservant leurs boulots.

Jerry Casale:

On attendait juste... une ouverture... Tout le monde faisait de son mieux pour éviter de rejoindre la masse, la matière poisseuse, le tas de boue... l’existence au jour le jour. [1978]

À la fin octobre 1975, ils se préparaient à franchir les limites de la ville de Cleveland, ayant décroché une première partie potentiellement prometteuse (du maître du jazz Sun Ra) lors d’un show de Halloween organisé par la station de radio branchée WHK. Ils étaient prêts à porter leur message antistar, antihippy, antiprogressif dans l’arène rock. Si, comme l’a dit par la suite Casale à Rolling Stone, «je m’attendais toujours... à une réponse négative», il a été comblé ce soir-là. Selon son frère Gerard, Devo «a réussi à vider la totalité de l’auditorium» avec son passage de vingt minutes, lequel, d’après Charlotte Pressler dans CLE, «aurait été un bon concert... s’ils avaient été des collectionneurs de cannettes de bière». À la fin, ils ont joué pour la première fois Jocko Homo, dont Casale prétendait qu’elle avait été «conçue comme une chanson de trente minutes et était jouée très lentement dans le but d’essayer de voir qui pouvait la supporter». La version de WHK n’a duré que douze minutes, mais elle a fait l’affaire.
L’expérience n’a servi qu’à galvaniser les Casale et les Mothersbaugh, qui ont commencé à pratiquer le petit jeu consistant à donner des concerts sans y avoir été invités. Mark
Mothersbaugh l’a avoué à Brendan Mullen, «On mentait aux clubs en disant qu’on était un groupe de reprises de hits du Top 40. Il était rare qu’on arrive à jouer toute la soirée. Ça incitait les gens à vouloir se battre avec nous. On faisait, “Voici une autre chanson de Foghat, ça s’appelle Mongoloid.”»

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 3.2/ p. 228-229)


undefined
 
Mongoloids (TV live)

Et lorsqu'il passèrent à la TV française en 78 (Chorus?), les réactions au fond de la Lozère ont sans doute été similaires à celles des rednecks US. Un titre parfaitement irréstible, ceci dit.




Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : New-York & Cleveland 1975-1977
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 30 janvier 2008

jwc-poster811.jpg


Après que Lydia (Lunch) m’eut viré de Teenage Jesus, j’ai décidé de monter mon propre groupe. J’avais toujours en tête d’avoir une chanteuse et pendant un moment j’ai eu la petite amie d’Alan Vega. Elle avait un petit synthé bricolé... Puis j’ai eu une autre fille... Finalement je me suis dit, “Au diable ces filles, je vais chanter.” J’ai décidé que si Richard Hell pouvait le faire, je pouvais le faire.» Le groupe formé par Chance, les légendaires Contortions, n’était pas aussi abrasif que Teenage Jesus; mais il comprenait une autre conspiratrice venue de Cleveland, Adele Bertei, qui avait cofondé le dernier groupe de Laughner, Peter & the Wolves, avant d’arriver à Manhattan.

James Chance:

Je voulais quelque chose de dansant qui toucherait un public plus important que les seuls gens du monde de l’art. Ça ne serait pas un concept aussi élevé que Teenage Jesus... Je voulais que ce soit absolument sans compromis, mais je ne voulais pas le rendre «barré» au point de n’avoir aucune chance... Après que Lydia eut quitté l’appart’, Bradley et elle ont trouvé en endroit sur Delancey... J’y ai rencontré Adele... Elle avait fait partie de groupes à Cleveland... Je lui ai dit qu’elle allait jouer de l’orgue.

Le premier concert des Contortions a eu lieu le 4 décembre 1977 chez Max’s. Au départ, pourtant, la formation était extrêmement vague, Chance et Bertei étant les seuls à tenir la baraque au niveau musical. À différents stades, elle a aussi compris un batteur japonais, une guitariste britannique et le batteur du groupe de jazz de Chance, Steve Moses, qui n’a donné qu’un concert.

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 6.2 / p. 519-520)


undefined
 
I can't stand myself (live)

Funk blanc bruitiste? Free jazz deviant? Trente ans plus tard, les étiquettes correctes manquent à l'appel pour qualifier les prestations extravagantes du petit prince de la "no wave" new-yorkaise, mise en lumière par brian Eno lui-même, qui réalisa une compilation (No New York) autour des groupes de cette étrange galaxie, troisième génération du punk de la Grosse Pomme.




Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : No wave 1977-1980
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 29 janvier 2008

Roxy.jpg
Le tout premier jour de l’année 1977, Andy Czekowski, le comptable préféré du punk a dévoilé une ancienne boîte gay du West End convertie en palace punk. Bien que ce ne soit devenu le Roxy que quand les Clash ont ouvert 1977 avec grand fracas, c’est le chanteur de Chelsea, Gene October, qui avait les contacts de cet endroit où les businessmen bi devenaient violents. Il pensait que le club, qui s’appelait alors Chagaurama’s, serait «un super-endroit où jouer... j’avais besoin d’une base hebdomadaire pour Chelsea où les gens pourraient venir nous voir... j’y suis allé un soir et il n’y avait que deux clients. C’était minable, mais on pouvait faire rentrer trois cents personnes.» Quand il a annoncé la bonne nouvelle à Andy Czekowski, il en avait déjà reçu une mauvaise – Chelsea avait un nouveau chanteur, Billy Idol, et un nouveau
nom, Generation X; mais ils voulaient toujours utiliser l’idée d’October. Tony James s’est porté volontaire pour aller jeter un coup d’œil à l’endroit avec Czekowski. Dans ses mémoires inédits, il décrit l’expérience:

C’est un club mal famé dans Neal Street... Une discothèque gay pour Nègres et pseudo-gangsters – la vie nocturne avec gin et tonics – filles chaudes d’un soir – gorilles à nœuds papillons – on va se faire tuer... En bas, un petit bar. Lampes de couleur au plafond... Miroirs sur tous les murs – pour que ça ait l’air plus grand... Il y a peut-être vingt ou trente personnes éparpillées, qui regardent suspicieusement ces nouveaux
arrivants, c’est petit, mais largement assez grand, une scène là-bas sous les escaliers, un petit coup de peinture, des posters. Notre propre CBGB.


Depuis l’expulsion d’October, Tony James et Billy Idol étaient occupés à écrire des hymnes. Le soir de l’ouverture, le 16 décembre, ils avaient sous la main des chansons comme Ready Steady Go, Your Generation, Listenet Youth Youth Youth. Ils avaient aussi des interprétations punkifiées du Instant Karma de John Lennon et du Paranoid de Black Sabbath. Avec Idol au chant, ils avaient maintenant besoin d’un autre guitariste. Ils allaient le trouver dans un club de jeunes de Fulham.

Tony James:

Billy a fait, «J’ai déjà vu ce gamin jouer de la guitare – il a les cheveux longs mais on va arranger ça.» Il avait dans les dix-sept ans. C’était Derwood. On lui a coupé les cheveux la nuit précédant notre premier concert en tant que Gen X. À ce stade, on avait des t-shirts pop art. Je les avais faits avec des bombes de peinture. Le premier représentait la cible des Who, pour le batteur. On ne pouvait pas acheter un tee-shirt Iggy Pop – alors
j’ai recopié une photo de la pochette de l’album Raw Power sur un tee-shirt – mais on ne pouvait pas les laver.

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 3.1/ p. 196-197)


undefined
 
New Order (live au Marquee, 1977)

Pour toujours en troisième division, les pauvres... Si certains de ses membres peuvent revndiquer une présence active dès l'apparition de la scène, voire même avant (avec Mick Jones, futur Clash, au sein des mythiques London SS), ils ont consciencieusement loupé tous les trains. Billy Idol finira rebelle de pacotille clippé sur MTV... Et "Generation X" passera à la postérité comme... un des meilleurs romans de Douglas Coupeland, pas comme une référence punk.




Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Punk-art (1/77 - 4/77)
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 28 janvier 2008
cabaretvolataireflyer.jpg

Geoff Travis (patron de Rough Trade):


Les Stiff Little Fingers sont entrés dans les charts et ont vendu beaucoup de disques, et ça nous a donné confiance pour devenir un label. Il y avait eu quelques années de dur labeur comme distributeurs avant le début du label, donc, à l’époque où l’album de SLF est sorti et s’est vendu à cent mille exemplaires, on savait qu’on était tout à fait capables de faire ça – même si on n’avait alors aucune idée du fait qu’il faut faire signer un contrat aux gens, au cas où ils disparaîtraient ou bien dans celui où quelqu’un de plus gros arriverait et les embarquerait.

Rough Trade avait parfaitement minuté son intervention. Travis pense que, «Si on avait commencé un an plus tôt, on peut penser qu’on aurait sorti les disques des Clash – plutôt que ceux de la nouvelle génération.» Mais celle-ci était taillée dans un bois différent. Pour elle, l’indé était bon, les majors étaient mauvaises. Et c’étaient des contrats comme celui qu’avait signé les Clash qui en avaient amené beaucoup à penser ça. Comme l’a dit Travis au Melody Maker, le mois de la sortie d’Inflammable Material :  "Rough Trade a cette chance de proposer un juste milieu important. Aujourd’hui, on a des gens qui font des choses intéressantes, qui font de la musique, et qui n’ont pas tellement d’endroits où aller. Traditionnellement, ils ne peuvent qu’emprunter cet entonnoir très étroit qui conduit à la célébrité. Ce qui est primordial... c’est de se débarrasser de cette idée selon laquelle il est important d’être une star, et il faut élargir l’entonnoir, pour qu’il contienne le plus de gens et d’idées possibles." – MM2/79.

Dans un climat aussi fertile, il n’était pas difficile de signer des groupes. Comme le fait observer Travis, «Notre troisième disque, c’était Cabaret Voltaire – parce que Jon Savage avait écrit une critique incroyable de leur bande démo qui a éveillé notre intérêt, alors on est allés les voir... On était dans une position formidable – la distribution était un vrai point de rassemblement – des musiciens venaient nous voir et nous donnaient leurs bandes.»
extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 6.1/ p. 495-496)


undefined
 
Nag Nag Nag (clip)

Sheffield, dont Cabaret Voltaire est originaire, c'est vriament ce qu'on fait de pire en Angleterre au rayon "paysages industriels désolés". Vous trempez cet environnement dans une dose de référence arty (le Cabaret Voltaire original, à Zurich, est le berceau du mouvement Dada), vous ajoutez une louche de video art primitif, une pincée de synthés et de boîtes à rytmes, et vous obtenez un des  plus beaux bébés de la naissante "new wave"




Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Postpunk 1979
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 27 janvier 2008
undefined
Au moins ce Johnny avait la tête de l’emploi. Et s’il semblait avoir une attitude avec un A majuscule, il ne faisait pas semblant. C’était un mec sérieusement à part. Steve Jones se souvient d’avoir pensé que «C’était un peu un connard. Il avait une attitude cool, mais je n’ai pas pigé à l’époque. Je voulais juste être dans un groupe et jouer du rock et ce gars menaçait un peu tout ça avec sa façon d’être. Il n’était pas du genre, “OK, allons-y”. Plutôt, “Uhhhhh”.» Lydon/Rotten était prêt à pousser ça aussi loin que nécessaire, juste pour secouer cette torpeur endémique.

John Lydon:

Je ne faisais rien de très différent des autres. Sauf que mes cheveux étaient... tailladés dans tous les sens et mes habits complètement déchirés... Je faisais ça uniquement pour être mauvais. C’était du genre, «GRRRHH! J’ENAI MARRE D’ÊTRE CHIANT!» [1978]

Le fait que Rotten ait été en train de descendre King’s Road – et non pas dans la boutique de McLaren elle-même – est une entorse significative à la légende. L’associée de McLaren, Vivienne Westwood, a suggéré par la suite que «c’était apparemment un grand événement pour John d’entrer dans ma boutique. Plus tard, quand il a commencé à être un peu connu, il a raconté qu’il avait toujours fréquenté les clubs et qu’il était celui qui avait tout fait démarrer», mais elle affirme que c’était son ami John Wardle (alias Jah Wobble) qui l’a entraîné dans la boutique cette première fois.

Wobble lui-même a caractérisé les débuts de leur amitié en disant que Lydon «a simplement commencé à tourner autour de moi, et je l’ai laissé devenir mon pote. Il me payait des coups... parce que personne ne l’aimait à cette époque. Il énervait tout le monde». Un profond manque d’assurance était certainement à la base du besoin de Johnny d’être constamment chaperonné par deux ou plus des autres John – Gray, Beverley et Wardle (les deux derniers adopteraient bien vite des sobriquets plus explicites, Sid Vicious et Jah Wobble).

Lors de son audition, pourtant, mimant le Eighteen d’Alice Cooper sur le juke-box de Sex, Johnny était seul. Comme s’en souvient Jones d’un ton incisif, «Rotten avait la gueule de l’emploi, avec ses cheveux verts, mais il ne savait pas chanter. Mais comme on ne savait pas jouer, c’était OK.»


extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 1.2/ p. 69-70)


undefined
 
Interview en 77

Dans sa troisème vie (après les Pistols et PIL) John Rotten/lydon deviendra un vrai pro de l'interview provocante, et finira même dans une émission de télé-réalité. On a choisi de vous le montrer un peu plus but de décoffrage, sur King's Road en 77. Sous-titré en hollandais, ce qui est encore plus drôle!




Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Londres 1973-1975
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Samedi 26 janvier 2008

stranglers-heroes.jpg

De soi-disant groupes punk apparaissaient soudain comme des rats d’égouts sortis des squats et des garages de tous les terrains vagues urbains. Czekowski rapporte, «On recevait des coups de téléphone de partout en Angleterre, “On veut jouer au Roxy – on est un groupe punk.”» Si chaque garage semblait maintenant abriter un groupe, le Roxy était une oasis rare et nécessaire dans le désert des clubs londoniens. Colin Newman, de Wire, n’exagère pas quand il dit «Avant la new wave, il était impossible pour un groupe inconnu de donner des concerts.»

Nils Stevenson:

L’élan aurait pu retomber si le Roxy ne l’avait pas entretenu, en permettant à de nouveaux groupes de se développer en de purs groupes punk plutôt que d’apparaître en première partie de groupes de pub-rock ringards.
Quelques-uns des premiers groupes à exprimer l’envie de jouer au Roxy étaient justement ces «groupes de pub-rock ringards». La troisième semaine de janvier, le club programmait les Stranglers, parce que, selon Czekowski, «ils voulaient absolument jouer au Roxy.

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 3.1/ p. 199-200)


undefined
 
No More Heroes & Something better change (live at the Hope 'n Anchor Nov. '77)

"Trop vieux", "trop mélodiques", "il y a des solos de claviers" , "trop d'accords"... Les excommunicateurs, zélateurs et idolâtres d'un punk chimiquement pur, ne manquaient effectivement pas d'arguments pour envoyer les Stranglers au pilori.
Ces guerres de religions éteintes, on peut sans crainte les réhabiliter. "No More Heroes" captait parfaitement l'esprit de 77. Et on n'avait pas entendu un orgue Hammond aussi déjanté depuis Ray Manzarek des Doors.
Et pour la caution "jeune", voir avec le bassiste-karateka à moitié frenchy Jean-Jacques Burnel, qu'on retrouvera plus tard derrière les manettes, sur le versant "continental" de la new wave : Taxi Girl, Polyphonic Size... Mais ceci est une autre histoire...






Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Punk-art (1/77 - 4/77)
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 25 janvier 2008
 
thepopgroup.jpg

Mark Stewart:

Initialement, le Pop Group, c’était un peu du battage publicitaire – rien qu’une manœuvre pour sortir de Bristol – mais une fois qu’on a été dans cette position, on était complètement ouverts. Ils déliraient dans leurs saxophones – et je me contentais de dire n’importe quoi, tout ce que je trouvais intéressant.

Stewart avait plein de choses à dire. Dans une de ses premières interviews au NME, en février 1978, il déclarait, «On veut créer quelque chose qui puisse être à la fois bon et mauvais. On veut être les beatniks de demain.» Quand l’étonnamment accrocheur
She’s Beyond Good & Evil est entré dans leur répertoire, il est apparu traiter plutôt du «dérèglement des sens» que de quoi que ce soit d’ouvertement politique.

Mark Stewart:

Le simple fait que Nietzsche ait utilisé l’idée d’au-delà du bien et du mal ne veut pas dire que ça ne peut pas être utilisé dans un concept différent... Pour moi, She’s Beyond Good & Evil(Elle est au-delà du bien et du mal) vient plus d’une tradition mystique. Ma grand-mère était une voyante, mon père est un occultiste assez extrémiste... Mon vieux ne parle que de ces dimensions parallèles, où Patti Smith est allée, où Lautréamont est allé... Jusqu’aux années 20, il y avait toujours des mystiques en société, chaque cour avait ses mystiques... Et si tu essaies de jammer et d’atteindre un certain niveau de liberté – comme Albert Ayler –, tu arrives au point où les choses deviennent intéressantes. J’essaie de vivre près de ce point... Donc, ça ne parle pas particulièrement d’une femme. C’est plus, «Qui a le droit de juger? Qui a le droit de parler?»

L’ambition et les idées – à une rare exception près comme She’s Beyond Good & Evil– l’emportaient encore sur la musicalité dans ce que faisaient Stewart et son groupe. Stewart précisait dans une interview de 1979 que l’écart entre l’idée et son exécution n’était pas un problème, «Quand on a commencé, on démarrait en jammant. C’était une expression libre... Maintenant on veut juste être compris; libre ne veut pas nécessairement dire obscur.»
Ce qu’ils tentaient, dans l’esprit de Stewart, c’était de «traverser le nihilisme... pour en sortir avec quelque chose de positif». Et Stewart utilisait le genre de langage que les journalistes adoraient, expliquant ce qu’il cherchait à atteindre, où le punk devait aller selon lui; toutefois, pour l’instant, ses interviews en disaient plus long que la plupart des concerts du Pop Group.

Mark Stewart:

Une des choses principales qu’on veut faire sur la tournée, c’est briser la barrière entre l’artiste et le spectateur. On veut essayer de faire participer le public. Peut-être aimerait-on jouer sans scène afin que, plutôt que l’un vive un événement excitant et que l’autre soit un spectateur végétatif, on puisse avoir quelque chose de global. Sinon, c’est comme d’aller voir un film où des gens vivent des émotions à votre place. [Sounds 24/3/79]
 

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 4.3/ p. 350-351)


undefined
 
She's Beyond Good and Evil (clip)

The Pop Group aura une large descendance. Dans ce titre, on trouve les premiers accents "tribal white funk" qui deviendront quelques années plus tard la marque de fabrique du plus illustre rejeton de la famille : Rip Rig & Panic.






Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Fast & Sensible (1/77 - 12/78)
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 24 janvier 2008
 
BlackFlagFri13th.jpg

Mike Watt:

Le punk-rock était important en Angleterre quand on a commencé, mais en Amérique, ce n’était presque rien. Comme c’était petit, on devait avoir une sorte de structure. Pas seulement les groupes, mais les artistes, les gens des fanzines. On a créé notre propre univers parallèle... On devait le faire, sinon ça serait mort. Il n’y avait pas de marché pour ça, alors on a fabriqué notre petit monde... Plein de groupes d’Hollywood n’ont jamais tourné – Je pense que seuls les Dils avaient un camion. Peut-être cela venait-il de l’expérience de radioamateur de Greg Ginn, mais il pensait que, si on essayait, on pouvait aller plus loin, «Ne gardons pas ça caché comme un secret. Sortons et allons jouer.»

Peut-être y avait-il une autre raison pour que Black Flag semble si motivé par l’extension de ses frontières – il ne se sentait pas tout à fait bienvenu à L.A. Ses options, déjà peu nombreuses, se sont encore réduites après un concert gratuit au Polliwog Park de Manhattan Beach à l’été 1979. Selon Morris, ils l’avaient obtenu parce que «Greg avait persuadé le gars de Manhattan Beach Parks & Recreation qu’on avait des chansons de Fleetwood Mac dans notre répertoire.» Quand le promoteur leur a demandé d’en fournir la preuve, Ginn l’a fait patienter, «Je lui promettais régulièrement de lui donner un aperçu de notre musique, mais je savais bien que si je l’avais fait, il ne nous aurait jamais laissé jouer.»

Quand Black Flag s’est déchaîné par un après-midi de carte postale dans le parc, le groupe a été bombardé de divers aliments par des pique-niqueurs mécontents. L’expérience a débouché sur une première marque d’attention des médias, ainsi que sur un communiqué de presse d’excuses d’un responsable des événements spéciaux penaud. De retour dans leur cachette d’Huntingdon, ils n’y ont pas été mieux accueillis. Comme le dit Morris, les gens du coin «nous considéraient comme des anarchistes et des terroristes – comme si on construisait une arme nucléaire dans notre local de répétition», mais une telle hostilité ne faisait que renforcer leur détermination.

Keith Morris:

Notre dévouement à notre cause était sans limites. On allait faire un vacarme énorme, emmerder les gens et déconner autant que possible, et on n’avait pas d’autre choix que de jouer pour notre plaisir et celui d’une poignée d’amis. Ce raffut et la formation qui le produisait étaient trop odieux pour être associés à la plupart des autres groupes.

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 7.1/ p. 571-572)


undefined
 
Can't decide (live)

Plus que les autres, l'Ecole californienne du punk a fait de la scène son terrain de jeu favori. Jouer vite, jouer fort. Hardcore, quoi... Démonstration avec Blag Flag filmé en 84.






Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Hardcore 1980-1982
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 23 janvier 2008
 
suicide-cover.jpg

Alan Vega:

Notre premier gig a eu lieu à la fin 1970, au cours d’un truc appelé le Punk Best, avant que le mot punk ait jamais été utilisé... dans un loft sur Broadway, et il y a eu une émeute. À ce concert, Marty Rev... jouait de la batterie. J’avais une trompette et une guitare, on avait un guitariste, et on faisait juste du bruit, on n’avait pas de chansons.

Cinq mois plus tard, ils appelaient carrément «mascarade punk-rock» une de leurs performances artistiques, avant Marsh, avant Nuggets. Pour Rev et Vega, pourtant punk-rock était synonyme d’antirock, pas de rock bruyant. Il s’agissait d’une déconstruction délibérée de la musique de leur jeunesse. Comme le dit Vega, «après un moment, le truc sixties était tellement ridicule et ennuyeux... que Marty et moi avons décidé que la première chose à éliminer était la batterie, puis la guitare solo. Marre de ces solos de guitare et de batterie!». Il ne restait – du moins initialement – que ce que suggérait le nom Suicide, du bruit sans chansons.

Martin Rev:

Dans les premiers temps, il n’y avait pas de coupures entre nos morceaux, on les enchaînait les uns aux autres. Il y avait un mur de son, le riff était là, mais il y avait tellement de larsen qu’on était les seuls à pouvoir l’entendre.

La différence essentielle entre ce premier Suicide et les Stooges dernière époque était qu’Alan et Martin jouaient leurs caco-symphonies dans des lieux dédiés à l’art – lofts ou autres – qui parsemaient le bas de New York. Comme le soulignait Alan Vega à un journaliste anglais en 1978, «Quand nous avons commencé... il n’y avait rien. Pas de Ramones ni de Sex Pistols. Il n’existait aucun style de son un peu théâtral. Nous sommes arrivés de nulle part et les gens étaient perdus, mec.» Suicide était tellement underground à ce moment-là qu’il n’est pas surprenant que ses idées antirock aient d’abord été adoptées à l’autre bout du monde.

Suicide trouvait également qu’il manquait à ses premières performances l’attente d’un spectacle rock. Tant qu’ils joueraient dans les lieux artistiques de New York, leur public resterait parfaitement blasé. C’est ainsi qu’a débuté une série d’apparitions mémorables au Mercers Arts Center, terminée par un bal pour le Jour de l’an 1972, de l’autre côté de la salle où jouaient les New York Dolls et les Modern Lovers, où ils ont testé un nouveau style d’affrontement constant avec le public. C’était, après tout, la raison d’être de Suicide. Comme s’en souvient Chris Stein, «Alan provoquait les gens. Suicide possédait l’un des premiers composants de la sensibilité punk: l’hostilité envers le public.»

 

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 1.1/ p. 17-18)


undefined

Dream baby dream (live)

Capable de produire un véritable mur sonore, Suicide savait aussi calmer le jeu, en restant pourtant sur une planète inconnue. Démonstration ci-dessous lors d'une performance non datée, sans doute vers 75. Devant l'étrangeté de la chose, on comprend mieux l'accueil glacial -voire franchement hostile- que leur réservèrent les fans de Clash, avec qui ils tournèrent en Angleterre en 77.






Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Fuck Rock & Roll (1971-1975)
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 22 janvier 2008

ian-dury.jpg


McLaren a raconté à Jon Savage : «Rotten voulait que ce soit comme dans les sixties – genre Captain Beefheart, complètement bizarre», même s’il n’était encore qu’un jeune homme gauche sans technique de scène. Il n’est pas surprenant qu’il se soit servi des sources qu’il avait sous la main, et il y avait un excellent performer au sujet duquel Rotten et McLaren étaient d’accord – Ian Dury. Rotten avait certainement vu le groupe de Dury, les Kilburn, quelques fois, mais Will Birch croit que c’est McLaren qui a «présenté Ian comme un exemple à Lydon: “Regarde comme il est bon – regarde comment il attire le public – il se tient derrière le micro – une main sur le micro – il s’y accroche – dans le style de Gene Vincent, il regarde en l’air, parce qu’il est petit.”... Lydon a beaucoup pris à Ian, visuellement.»
C’était l’avis de Dury, un habitué de Sex. Quand il est finalement allé voir les Pistols, il a vu quelqu’un portant des épingles à nourrice, «l’élégance vestimentaire dont je m’étais inspiré», et «penché en avant et grognant et tenant le micro exactement  comme je le faisais. Malcolm était à côté et je lui ai fait, “Qu’est- ce que ça veut dire, Malcolm? Il me copie, n’est-ce pas?”»

 

extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (chapitre 1.2/ p. 71-72)


undefined

Sex & drugs & rock'n' roll (live)

Après Killburn, Ian Dury montera un nouveau groupe, les Blockheads, pour balancer ce  qui deviendra un hymne pour quelques uns, un cliché pour tout les autres… Putain de chanson, néanmoins.






Ne manquez pas la présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert" (possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)

par getfever publié dans : Londres 1973-1975
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Si vous avez raté le début...

Babylon's Burning!

couv-285.gif

Faites tourner...

Cliquez ici pour recommander ce blog

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Blog : Voyages sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus