Mardi 19 février 2008
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Cobain mijotait maintenant dans ses propres contradictions. Quand Simon Reynolds a assisté à un show, à New-York à la fin de 1993, il a vu une immense médiatisation mais pas d’espoir:
Cobain semble avoir accepté tous les faux espoirs engendrés par le rock, toutes les trahisons, comme son propre fardeau, son droit d’aînesse maudit. Greil Marcus le dit, «C’est comme si la
source de la dépression n’était pas que le rock soit mort mais qu’il refuse de mourir»... D’une certaine façon, In Utero est son Public Image, un rejet de son propre statut d’icône. Alors qu’il
continue à être atrocement mal à l’aise face à toutes les contradictions déchirantes consistant à transformer la rébellion en dollars, je suis sûr qu’il y a de grandes chansons à venir, mais mon
Dieu, je ne voudrais pas être dans ses pompes. – MM27/11/93.
Reynolds avait tort sur un point – il n’y avait plus de chansons à venir, grandes ou autres. Une tentative de concert Unplugged, le même mois, a donné une excuse à Cobain pour reprendre
des chansons de gens comme les Meat Puppets (deux du II), David Bowie, les Vaselines et Leadbelly. Mais Cobain avait peur d’aller jusqu’au bout et de publier une telle performance, fascinante et
pourtant intimiste, comme nouvel album de Nirvana.
Celui-ci n’est sorti qu’après sa mort, quand certains journalistes ont un peu trop essayé de voir des signes dans le choix des chansons (les reprises de Jesus Don’t Want Me For A Sunbeam
et de Lake of Fire, en particulier, ont eu droit au traitement complet de «lecture entre les lignes»). Andrew Mueller, du MM, avait tout compris quand il décrivait la session comme
«approximativement située à mi-chemin entre Automatic For The People de REM et I Am The Cosmos du guitariste de Big Star, Chris Bell, présentant l’allure de dignité résignée du
premier, la démence désespérée du second et l’âpre honnêteté des deux.»
Comme Chris, Kurt n’a pas vécu assez longtemps pour voir son acte d’apostasie acoustique apparaître en magasin. Mais Automatic For The People était sorti un an après Nevermind et
consolidait encore le succès de REM dans une voie qui surprenait même leurs fans les plus respectueux – allant presque jusqu’à rattraper Nevermind. Dans l’esprit de Cobain, cela montrait qu’il
était possible qu’un disque se vende à plusieurs millions d’exemplaires en baissant le volume et en pratiquant une forme de rock alternatif presque atmosphérique; et que s’abstenir de se prêter
au rituel des tournées n’était pas forcément un suicide commercial (REM n’a donné qu’un seul concert secret, au 40 Watt Club d’Athens, pour «promouvoir» Automatic). Il a aussi découvert en Stipe,
le chanteur de REM, une oreille tout aussi attentive que celle de Genesis l’avait été pour Curtis, quand la pression a commencé à avoir raison de lui.
Mais d’une certaine façon, tout semblait dépasser le garçon d’Aberdeen, qui voulait simplement que tout le monde ressente sa douleur. Si Stipe pouvait écrire quelque chose comme Everybody
Hurts, tout ce que Cobain pouvait dite, c’était «I Hurt» (tout comme Curtis ne pouvait apparemment pas aller au-delà de «I’m fucked»). Début avril 1994, après avoir quitté un centre de
désintoxication, il est rentré chez lui une dernière fois, a écrit une lettre regorgeant de haine de lui-même, mis Automatic For The People sur le lecteur CDet appuyé sur la gâchette. Au
moins, cette fois, il n’aurait pas besoin d’écrire une note à un quelconque docteur qui aurait osé le sauver, comme il l’avait fait un mois plus tôt à Rome. Ce message était sec, mais sincère:
Fuck You.
extrait de "Babylon's burning" de Clinton Heylin (Epilogue / p.656-657)
Come as you are (live)
Pas simple de choisir parmi les nombreuses sources disponibles pour revoir Nirvana en action… J’ai retenu finalement une version a début hésitante, paniquée presque, déchirante en tout cas de «
Come as you are » enregistrée en Hollande. Parce que Cobain, ad lib, y chante « I don’t have a gun » et que finalement, si, il en avait un… »
Ne manquez pas la
présentation détaillée du livre "Babylon's burning" sur le site de son éditeur "Au Diable Vauvert"
(possibilité de commande en ligne, sans frais de port pour la France métropolitaine)